Un décryptage de ZAP.RE fondé sur des textes officiels, des réactions directes et plusieurs articles de presse.
À retenir
- Le projet : un train électrique de Saint-Benoît à Saint-Joseph, via le Nord et l’Ouest, sur environ 140 km.
- Le vote : deux amendements identiques, défendus par cinq députés réunionnais, ont été adoptés le 2 novembre en première lecture du budget 2027.
- Les ressources proposées : une majoration de la taxe de séjour et une taxe spéciale d’équipement.
- La nuance : la Région affirme ne pas prévoir leur mise en place dans ses prochains budgets. Le débat public se poursuit jusqu’au 26 novembre.
Le Réunion Express, c’est quoi ?
La Région présidée par Huguette Bello porte un réseau ferroviaire électrique reliant les grands bassins de vie. Le tracé de référence prévoit 25 stations dans 16 communes, avec des correspondances vers les bus et des parkings relais. La collectivité envisage un train toutes les 10 à 15 minutes en pointe et un potentiel de 100 000 voyageurs quotidiens à terme. Ce sont des objectifs de projet. Présentation officielle de la Région.
Le coût prévisionnel de référence présenté à l’ouverture du débat public est de 5,2 milliards d’euros hors taxes. Les premières mises en service sont envisagées à partir de 2035, après un démarrage des travaux annoncé pour 2030. Calendrier et budget rapportés par Zinfos974.
Ce que les cinq députés ont fait adopter
Karine Lebon, Émeline K/Bidi, Frédéric Maillot, Jean-Hugues Ratenon et Perceval Gaillard défendent de nouvelles recettes pour les transports collectifs régionaux. Les fiches de l’Assemblée nationale indiquent l’adoption, le 2 novembre 2026, des amendements identiques I-2129, porté par Karine Lebon et I-2576, porté par Jean-Hugues Ratenon, en première lecture du projet de loi de finances pour 2027.
Les parlementaires invoquent notamment les mécanismes utilisés pour de grandes infrastructures de transport dans d’autres régions. Un amendement adopté ne vaut toutefois ni promulgation de la loi ni financement intégral du train.
Deux taxes, deux mécanismes différents
- Taxe de séjour : un supplément de 200 % de la taxe de base. Pour une base de 2 €, cela représente 4 € supplémentaires, soit 6 € pour ces deux composantes, hors autres additions éventuelles. Cela ne triple pas le prix de la chambre.
- Taxe spéciale d’équipement : un produit fixé par la Région, dans la limite initiale de 60 millions d’euros par an, plafond indexé. Il serait réparti entre taxes foncières, taxe d’habitation sur les résidences secondaires et cotisation foncière des entreprises. Ce n’est pas une facture de 60 millions pour les seules entreprises.
Les textes visent le financement des transports en commun régionaux. Lire le texte de l’amendement.
La Région parle de garanties pour l’emprunt
Dans ses précisions du 3 novembre, rapportées par Zinfos974, la Région présente ces leviers comme des garanties supplémentaires pour sécuriser un emprunt de long terme. Elle affirme que leur mise en place n’est pas prévue dans ses prochains budgets. Le montage annoncé mobiliserait aussi des fonds européens, des recettes d’exploitation et d’autres ressources.
Une autre distinction compte : la volonté d’exonérer les résidents réunionnais de la majoration de séjour, rapportée par Linfo.re, ne figure pas explicitement dans la rédaction de l’amendement I-2129 consultée. L’intention annoncée et le dispositif juridique définitif doivent être distingués.
Qui défend quoi ? La cartographie du débat
Les critiques ne portent pas toutes sur le même sujet : on peut soutenir une alternative à la voiture tout en contestant les taxes proposées. Touchez l’infographie pour lire les noms et les positions en grand.

Pierrick Robert : trouver un autre financement
Dans sa déclaration vidéo sur Facebook, le président de la CCI Réunion reconnaît l’utilité des grands projets de transport, mais refuse de nouveaux prélèvements sur une économie qu’il juge fragilisée. Il redoute aussi un handicap pour l’attractivité touristique face aux destinations voisines.
« Nos entreprises ne sont pas des machines à sous »
Pierrick Robert, président de la CCI Réunion
Il réclame une concertation avec les acteurs économiques et d’autres solutions de financement.
Katy Hoarau : favorable au train, opposée à la méthode
Le Medef Réunion soutient le principe du train, mais conteste les nouvelles taxes proposées. Clicanoo distingue ces deux positions dans sa présentation de la réaction patronale. Dans Linfo.re, sa présidente Katy Hoarau alerte sur le coût pour les entreprises et sur la majoration de la taxe de séjour.
Patrick Serveaux : la crainte d’un surcoût pour le tourisme et les familles
Le président de l’UMIH Réunion estime nécessaire de trouver une alternative au tout-voiture, mais dénonce une initiative « unilatérale et sans concertation ». Dans sa réaction du 31 octobre rapportée par Clicanoo, Patrick Serveaux souligne les difficultés des hôtels, cafés et restaurants. Il craint également des séjours moins accessibles aux familles réunionnaises et appelle les professionnels à rester mobilisés.
Nouvel’R : demander des garanties sur toute la facture
Dans un communiqué repris par Free Dom, le mouvement présidé par Cyrille Melchior reconnaît le besoin d’alternatives à la voiture, mais questionne le coût, l’exploitation et les financements réellement acquis de l’État et de l’Europe. Il redoute que le projet réduise les moyens disponibles pour d’autres investissements et conteste la charge fiscale envisagée pour les propriétaires, les entreprises et le tourisme.
Les Républicains : refuser une pression fiscale supplémentaire
Dans son communiqué du 31 octobre, Sandrine Aho-Nienne Géraud, présidente de la Fédération LR de La Réunion, conteste les nouvelles ressources proposées. Elle met en avant le pouvoir d’achat des classes moyennes, les charges des entreprises et les conséquences possibles pour les hébergements touristiques. La fédération insiste aussi sur le fait que les habitants de l’île fréquentent ces hébergements.
Source : communiqué de la Fédération LR de la Réunion, 31 octobre 2026.
Olivier Rivière : une opposition qui vise aussi le projet
Dans sa réaction sur Facebook, Olivier Rivière ne se limite pas aux taxes : il met en cause l’ampleur du projet et l’incertitude de son financement. Il critique la perspective de prélèvements avant l’arrivée des trains, en la confrontant aux engagements de pouvoir d’achat, de soutien aux entreprises et d’attractivité touristique.
Le chiffre de 77 % : ce qu’il mesure vraiment
Dans la capture de la consultation en ligne de Linfo.re examinée par ZAP.RE, 1 333 participants sur 1 742 répondent « non » à la question de payer des taxes pour le projet ; 342 répondent « oui » et 67 sont sans opinion. Le site affiche 77 % de « non », après arrondi.
Ces réponses volontaires constituent un instantané de consultation en ligne, pas un sondage représentatif de la population. La question porte sur le financement par les taxes, pas directement sur l’utilité du train.
Pourquoi c’est important
Le choix engage à la fois les déplacements quotidiens et les finances publiques. Trois questions permettent de dépasser les échanges de slogans :
- Le service : quelles gares, quelles correspondances et quels gains concrets de temps ?
- Le financement : quelles contributions sont garanties, quelle dette et quels moyens pour l’exploitation ?
- La répartition de l’effort : qui contribuerait, quand, et avec quelles protections pour les ménages et l’activité économique ?
Le débat reste ouvert jusqu’au 26 novembre
La Commission nationale du débat public permet de poser des questions, de consulter les études et de contribuer jusqu’au 26 novembre 2026. La Région met aussi à disposition une cartographie des hypothèses de tracé et des variantes. Les objectifs du train, son coût et son financement peuvent y être discutés ensemble.
Décryptage et revue de presse établis le 3 novembre 2026, à partir des textes parlementaires, des présentations officielles, des réactions directes et des articles cités.
Crédits des portraits et de l’infographie
Illustration et cartographie : ZAP.RE. Portraits recadrés et désaturés, sans génération des visages. Train : illustration générée par IA.
- Huguette Bello : Région Réunion.
- Karine Lebon, Émeline K/Bidi, Frédéric Maillot, Jean-Hugues Ratenon et Perceval Gaillard : Assemblée nationale.
- Pierrick Robert : CCI Réunion.
- Katy Hoarau : Medef Réunion.
- Patrick Serveaux : UMIH.
- Cyrille Melchior : Département de La Réunion.
- Sandrine Aho-Nienne Géraud : Fédération LR de la Réunion.
- Olivier Rivière : Facebook Olivier Rivière.
Sujet, recherches et angle : équipe ZAP. La rédaction peut être assistée par IA, sous supervision humaine. En savoir plus sur nos engagements.























